Boris Vian

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Ou l’Itinéraire d’un Bison Ravi

– Boris (Paul) Vian est né le mercredi 10 mars 1920, à 6 h 30, au numéro 41 de la rue de Versailles, à Ville d’Avray, Seine et Oise (dans les Hauts-de-Seine aujourd’hui, à la limite des Yvelines qui faisaient également partie de la Seine-et-Oise à l’époque). Naissance en pleine forêt de Fausses-Reposes, où vit Denis, le héros de sa nouvelle Le Loup-garou.

Il est reparti le mardi 23 juin 1959, décès constaté à midi à l’hôpital Laënnec, mais emporté par une crise cardiaque à 10 h 10, au Petit Marbeuf, Paris 8e, durant les premières minutes de la projection du film J’irai cracher sur vos tombes, adaptation de son livre qu’il désapprouvait totalement (1). Entre ces deux dates, il a fait plein de choses…

 

vercoquin-et-le-plancton-boris-vian-porcelaine-juliette-presseVercoquin et le plancton (roman)

Le premier ouvrage édité de Boris Vian, mais postérieur à Trouble dans les Andains. Ecrit à 23 ans, publié quand il en avait 26…

(Les premières lignes) Comme il voulait faire les choses correctement, le Major décida que ses aventures commenceraient cette fois à la minute précise où il rencontrerait Zizanie.

Il faisait un temps splendide. Le jardin se hérissait de fleurs fraîchement écloses, dont les coquilles formaient, sur les allées, un tapis craquant aux pieds. Un gigantesque gratte-menu des tropiques couvrait de son ombre épaisse l’angle formé par la rencontre des murs Sud et Nord du parc somptueux qui entourait la demeure – l’une des multiples demeures – du Major. C’est dans cette atmosphère intime, au chant du coucou séculier, que, le matin même, Antioche Tambretambre, le bras droit du Major, avait installé le banc de bois d’arbouse de vache peint en vert que l’on utilisait en ces sortes d’occasions. De quelle occasion s’agissait-il ? Voilà le temps de le dire : on était au mois de février, en pleine canicule, et le Major allait avoir vingt et un ans. Alors, il donnait une surprise-party dans sa maison de Ville d’Avrille (…)

 

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L’Ecume des jours (roman)

Le début d’une légende. Ecrit de mars à mai 1946, mis en vente en avril 1947 aux Editions Gallimard. Avec Colin et Chloé, Chick et Alise, laquelle ne se parfume pas mais sent la forêt avec un ruisseau et des petits lapins.

Colin terminait sa toilette. Il s’était enveloppé, au sortir du bain, d’une ample serviette de tissu bouclé dont seuls ses jambes et son torse dépassaient. Il prit à l’étagère de verre le vaporisateur et pulvérisa l’huile fluide et odorante sur ses cheveux clairs. Son peigne d’ambre divisa la masse soyeuse en longs filets orange pareils aux sillons que le gai laboureur trace à l’aide d’une fourchette dans la confiture d’abricot (…)

(…) Il était assez grand, mince avec de longues jambes, et très gentil. Le nom de Colin lui convenait à peu près. Il parlait doucement aux filles et joyeusement aux garçons. Il était presque toujours de bonne humeur, le reste du temps il dormait (…)

 

lautomne-a-pekin-boris-vian-porcelaine-juliette-presseL’Automne à Pékin (roman)

Combien de personnes savent qu’entre L’Ecume des jours et L’Herbe rouge Boris Vian a écrit L’Automne à Pékin ? Combien savent qu’il y a… L’Automne à Pékin ? Roman toujours étonnamment moderne publié en 1947 aux Editions du Scorpion – normal…

Amadis Dudu suivait sans conviction la ruelle étroite qui constituait le plus long des raccourcis permettant d’atteindre l’arrêt de l’autobus 975. Tous les jours, il devait donner trois tickets et demi, car il descendait en marche avant sa station, et il tâta sa poche de gilet pour voir s’il lui en restait. Oui. Il vit un oiseau, penché sur un tas d’ordures, qui donnait du bec dans trois boîtes de conserves vides et réussissait à jouer le début des Bateliers de la Volga ; et il s’arrêta, mais l’oiseau fit une fausse note et s’envola, furieux, grommelant, entre ses demi-becs, des sales mots en oiseau. Amadis Dudu reprit sa route en chantant la suite ; mais il fit aussi une fausse note et se mit à jurer.

Il y avait du soleil, pas beaucoup, mais juste devant lui, et le bout de la ruelle luisait doucement, car le pavé était gras ; il ne pouvait pas le voir parce qu’elle tournait deux fois, à droite, puis à gauche (…)

 

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L’Herbe rouge (roman, suivi de trois nouvelles : Les lurettes fourrées)

Quatrième roman de Boris Vian publié en 1950 (sans doute écrit en 1948). Avec Wolf, Saphir Lazuli, Lil et Folavril.

Le vent, tiède et endormi, poussait une brassée de feuilles contre la fenêtre. Wolf, fasciné, guettait le petit coin de jour démasqué périodiquement par le retour en arrière de la branche. Sans motif, il se secoua soudain, appuya ses mains sur le bord de son bureau et se leva. Au passage, il fit grincer la lame grinçante du parquet et ferma la porte silencieusement pour compenser (…)

(…) La machine, à cent pas, charcutait le ciel de sa structure d’acier gris, le cernait de triangles inhumains. La combinaison de Saphir Lazuli, le mécanicien, s’agitait comme un gros hanneton cachou près du moteur. Saphir était dans la combinaison (…)

 

larrache-coeur-boris-vian-porcelaine-juliette-presseL’Arrache-coeur (roman)

On y trouve Jacquemort, le psychiatre à barbe rousse. Clémentine, et non pas ses « trumeaux » mais des « jumeaux et un isolé » : Noël, Joël et Citroën… Un roman publié en 1953. Mais Noël Arnaud (il a échappé à Citroën, voire Joël) nous dit que « La conception générale et le canevas remontent à janvier 1947 (…) Le livre s’intitulait alors Les Filles de la Reine. Tome I : Première manche. Jusqu’aux cages. Il fut proposé à Gallimard en 1951 et refusé » (1) ! Comme quoi… Le nouveau titre vient de l’arrache-coeur que Folavril utilise dans l’Herbe rouge pour trucider Jean-Sol Partre.

Le sentier longeait la falaise. Il était bordé de calamines en fleur et de brouillouses un peu passées dont les pétales noircis jonchaient le sol. Des insectes pointus avaient creusé le sol de mille petits trous ; sous les pieds, c’était comme de l’éponge morte de froid. Jacquemort avançait sans se presser et regardait les calamines dont le cœur rouge sombre battait au soleil. A chaque pulsation, un nuage de pollen s’élevait, puis retombait sur les feuilles agitées d’un lent tremblement. Distraites, des abeilles vaquaient. Du pied de la falaise s’élevait le bruit doux et rauque des vagues. S’arrêtant, Jacquemort se pencha sur l’étroit rebord qui le séparait du vide. En bas, tout était très loin, à pic, et de l’écume tremblait dans le creux des roches comme une gelée de juillet. Cela sentait l’algue braisée. Pris de vertige, Jacquemort s’agenouilla sur l’herbe terreuse de l’été, toucha le sol de ses deux mains (…)

 

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Le loup-garou (recueil de nouvelles – publication posthume)

Il habitait dans le bois de Fausses-Reposes, en bas de la côte de Picardie, un très joli loup adulte au poil noir et aux grands yeux rouges. II se nommait Denis et sa distraction favorite consistait à regarder les voitures, venues de Ville-d’Avray, mettre plein gaz pour aborder la pente luisante sur laquelle une ondée plaque parfois le reflet olive des grands arbres (…)

(…) Héritier d’une longue lignée de loups civilisés, Denis se nourrissait d’herbe et de jacinthes bleues, corsées en automne de quelques champignon choisis, et en hiver, bien contre son gré, de bouteilles de lait chipées au gros camion jaune de la Société ; il avait le lait en horreur, à cause de son goût de bête (…)

 

Boris Vian, le traducteur

 

le-monde-des-a-boris-vian-porcelaine-juliette-presseLe monde des à de A.E. Van Vogt (roman)

Boris Vian n’a pas seulement fait mine de traduire Vernon Sullivan, il a réellement traduit des auteurs, comme Van Vogh, et magistralement. Bien des lecteurs se sont mis à la science-fiction grâce à son adaptation du Monde des Ã

Les occupants de chaque étage de l’hôtel devront comme d’habitude constituer leurs propres groupes de protection pendant la durée des jeux…

Sombre, Gosseyn regardait à travers la vitre bombée de la fenêtre à l’angle de sa chambre d’hôtel. De son observatoire de trente étages, il voyait la ville de la Machine s’étendre au-dessous de lui. Le jour était lumineux et clair, et l’étendue du champ de vision, prodigieuse. A gauche, le fleuve bleu foncé pétillait en petites vagues sous le fouet de la brise tardive. Au nord, les collines mordaient durement l’azur infini du ciel. C’était là l’horizon visible (…)

 

PETIT JEU

Sur la photo de titre, parmi les livres de Boris Vian (plus celui de Noël Arnaud), il y a apparemment un intrus. Lequel ? Mais surtout : pourquoi n’est-ce pas vraiment un intrus ?

Votre réponse…

 

A suivre…

(1) Noël Arnaud, Les Vies parallèles de Boris Vian, Christian Bourgois 1981

© Porcelaine, Didier LE BORNEC