Comment attraper une souris sans la tuer ?

Vous avez du cœur et une souris à la maison ? Voici comment, sans briser l’un, vous débarrasser de l’autre.

 

Une représentante plutôt rouée de la famille des muridés a vécu chez nous durant toute une année, voire plus. Elle est arrivée on ne sait comment. Sans doute par une porte. Seule. Mais comme elle ne causait pas de gros dégâts (ne rongeant que du sucre de canne en morceaux – elle avait du goût, et de solides bases en diététique), nous avons tardé à résoudre le problème, nous avions d’autres chats à fouetter. Le notre, entre autres, qui ne faisait pas son boulot. Mais tant mieux, car finalement nous nous sommes habitués à cette petite bête. Elle est devenue notre souris de compagnie. Nous la surprenions parfois, passant furtivement çà et là, montant sur un meuble à la corde raide du fil électrique du grille-pain, s’arrêtant pour nous lancer un regard tout doux…

Evidemment, préférant dans mon café le sucre roux non rehaussé de pipi de souris grise, j’ai quand même, épisodiquement, vaguement et gentiment essayé de la piéger. Par exemple avec une bouteille de plastique vide, un appât au fond, l’ensemble couché en équilibre précaire au bord du buffet, et cravaté par une ficelle, l’autre extrémité étant accrochée au plafond…

Et alors ? Et alors ?

Chaque fois, la souris parvint à embarquer l’appât sans faire tomber la bouteille, et, donc, sans se retrouver coincée dedans, suspendue au plafond par la ficelle !

J’ai également tenté le rouleau de carton à essuie-tout, en équilibre, lui, au bord de la table de la cuisine, au-dessus d’une grande boîte. Oh… ça a marché ! mais elle s’est servie du rouleau pour se faire une échelle, remonter et se carapater. Ce n’est pas pour rien que son petit nom latin est mus musculus !

Mais une nuit…

Devant tant d’adresse, d’intelligence et d’humour, j’étais en admiration et désarmé. Mais pourquoi, une nuit, a-t-elle quitté la cuisine, longé le salon, pour s’en aller tout là-bas dans mon bureau ronger le fil du téléphone relié à la Livebox ?! Pourquoi ?! Du coup, plus d’Internet au matin ! Impensable ! Surtout qu’il m’a fallu attendre des heures l’ouverture des magasins pour enfin racheter un câble ! de dix mètres ! à sept euros, soit quarante-cinq francs et quatre-vingt-douze centimes ! Affiche sécurité sociale

Internet revenu, mails lus, j’ai placé ma bouteille de plastique piège dans le bureau !

L’animal a recommencé la nuit même ! Elle a bouffé mon câble tout neuf ! Sans atteindre les fins fils de cuivre cependant : j’avais encore Internet ! Mais tout de même ! En colère rouge, j’ai demandé à mon beau-père de me passer ses tapettes à souris !

Mais non…

Face à ces engins affreux, je n’ai pas eu le cœur d’aller au bout de mon dessein barbare. Je ne suis pas un assassin. Et j’avais trop d’affection pour mon Einstein Albert rongeur. J’ai donc, tout simplement, rendu mon câble inaccessible à ses appétits excentriques.

Mais madame avait décidé de faire de mon bureau sa résidence secondaire ! Très vite, l’endroit, dans ses envers, s’est trouvé littéralement jonché de lignes pointillées de mini-crottes, partout, et surtout… surtout ! derrière mes livres ! Impensable !

J’avais lu, sur des forums spécialisés de la toile, des réponses à des questions allant dans le sens de ma sensibilité : on proposait une capture sans mise à mort des souris avec toutes sortes de « nasses », ou de « paniers à salade », que des sites commerciaux, sensibles aussi, pouvaient vous envoyer contre une somme astronomique. J’ai cherché un engin approchant et moins onéreux dans tous les magasins de bricolage de ma ville… en vain. J’ai oublié la chose.

Puis un jour…

Vers quatorze heures pour être précis : le supermarché venait d’ouvrir ses portes automatiques, je suis tombé sur une minuscule mais appropriée nasse (photo), que Bricomarché, pour le citer, vendait pour trois fois rien : deux euros, soit treize francs et douze centimes.

Et alors ? Et alors ?

Le soir même, fébrile, je plaçai cela sur le buffet favoris de ma souris. A peine dans mon lit… Tchac ! Incroyable ! Elle était prise ! Footballeur, j’aurais fait le tour de la maison et du quartier en poussant des cris de sauvage, mon T-shirt relevé sur la tête ! Mais je n’aime pas le foot… J’ai quand même, pas peu fier, montré ma prise non pas à ces messieurs mais à mon épouse, laquelle a fait un gros effort sur sa phobie des souris pour partager ma joie ! Cela fait, je l’ai photographiée – la souris, pas mon épouse, – mais sans flash pour préserver ses petits yeux : d’où le flou du cliché. Cela avant de la relâcher – la souris – dans la nature. Mais attention, dans un endroit relativement sûr, eh ! ne pas livrer Albert à un monstre de chat !

Gare à sa queue !

Tout est bien qui finit bien, donc. Mais je terminerai par un petit détail, très important, dont le fabricant de nasses ne s’est pas soucié. Derrière les souris serpente une longue et fine queue… laquelle queue j’ai involontairement un peu abîmée lors du… Tchac ! la plaque de métal du piège ayant sauvagement coincé ce filiforme et fragile appendice. Aussi, j’ai amélioré le système et l’ai rendu indolore en collant des morceaux de feutre (genre à mettre sous les chaises) à l’endroit que l’on voit sur la dernière photo : ça laisse un espace à la queue.

Voilà ! à vous de jouer… de jouer à l’humain et à la souris… laquelle vous manquera ensuite, vous verrez !

 

Didier LE BORNEC – 2014

 

A lire, le courrier des attrapeurs de souris sans les tuer !

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